"Le corps disparu, la voix disparue, la pensée disparue. D'autres viennent nous voir d'autres nous parlent, d'autres nous touchent. On existe pour eux. On a soif, on a chaud, on a froid, on souffre: on éprouve qu'on est vivant. Mais savoir que ce sont les dernières fois, les derniers frôlements de main, les derniers regards, les derniers sourirs... Les dernières paroles échangées... Accepter de disparaître, sans savoir ce qui restera de soi. Et pourtant vivre chaque heure. Passer celle-là, puis la suivante, puis celle d'après. Ne pas abandonner, pas encore... Puis, soudain, se laisser emporter."
"Certains êtres, à mesure que le temps passe, deviennent de plus en plus libres: ils se redressent au lieu de s'affaisser. Il émane d'eux une énergie étonnante. J'aimerais savoir ce qu'ils ont fait des ombres de leur passé. De leurs regrets, de leurs déchirures. Comment ils s'en sont arrangés. Parce qu'on oublie rien je le sais ce soir. On oublie rien. Quand bien même on s'est efforcé du contraire: le passé vit en nous. Masse informe tapie au plus profond de soi, qu'on pourrait croire endormie mais qui veille..."
"Il y a eu un traissaillement sur son visage, une lueur, comme si l'espace d'un instant il redevenait vivant, il redevenait celui que je conaissait, celui que j'avais aimé, J'ai attendu. J'ai espéré. Quoi? Je ne sais pas. Quelque chose de fou, quelque chose de réel: qu'il pleure, ou qu'il crie, ou qu'il tombe dans mes bras, ou qu'il me prenne la main. La lueur a disparu. Son regard est redevenu celui d'un étranger."
"PUISQUE RIEN NE DURE"
Laurence Tardieu